
L’une des pratiques emblématiques de l’approche narrative consiste à déconstruire et à combattre les idées qui alimentent le colonialisme.
Un sujet où longtemps, « l’histoire a été écrite par les chasseurs en l’absence d’historiens chez les lapins ». Mais depuis quelques décennies, au sein des cultures colonisées, des voix minoritaires de talent se sont mises à résonner, défiant les histoires dominantes autojustificatrices des peuples engagés dans des pratiques colonisatrices.
Ainsi, la série Pachinko (saison 2 en cours). Privilégiant des personnages de femmes bouleversants (la série est tirée de l’oeuvre de l’autrice Min Jin Lee et les hommes… restent des hommes), Pachinko est une fresque historique qui nous plonge au cœur d’une période cruciale de l’histoire de la Corée et du Japon : l’époque coloniale japonaise (1910-1045), peu connue en Europe, c’est rien de le dire et les avanies subies par les centaines de milliers d’immigrés coréens forcés au Japon.
En suivant les destins croisés de quatre générations d’une famille coréenne, Pachinko nous offre un aperçu poignant des défis auxquels étaient confrontés ces familles déracinées. Discrimination, préjugés, quête d’identité… autant de thèmes universels qui prennent une dimension toute particulière dans le contexte historique de la série.
De la Corée rurale des années 1910 au Japon moderne, Pachinko nous transporte à travers le temps et l’espace dans un montage sophistiqué qui met en lumière les aspects transgenérationnels des traumatismes et failles identitaires, comme pourrait le faire une Nancy Huston asiatique dans un « Lignes de failles » sociopolitique. Si j’ajoute les performances bouleversantes de Yuh-Jung Youn et Min-ha Kim, véritable Elizabeth Moss coréenne, et on obtient une série qui tape à la fois au coeur et au néocortex.
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