Loin des productions éthérées de la rentrée littéraire (pas toutes, ok), c’est la fantasy, réalisme magique, qui succède aux solides constructeurs de mondes du réalisme classique. Ainsi, Robin Hobbs, dont j’ai découvert l’oeuvre grâce au blog impeccable de Tachan, pourrait être à Tolkien ce que Zola est à Balzac.

Tolkien, comme Balzac, est un bâtisseur d’univers. Le Seigneur des Anneaux et la Comédie Humaine partagent une ambition titanesque : dépeindre un monde entier avec ses complexités politiques, sociales et culturelles. Chez Tolkien, c’est la Terre du Milieu, vaste et mythologique, tandis que Balzac dissèque minutieusement la société française post-révolutionnaire. Tous deux créent des mondes où les individus sont souvent façonnés par des forces plus grandes qu’eux.

Robin Hobb, quant à elle, me fait davantage penser à Zola. Là où Tolkien cherche à explorer l’épopée et le mythe, Hobb plonge dans les aspects psychologiques et intimes de ses personnages, comme Zola l’a fait avec ses protagonistes dans Les Rougon-Macquart. Ses cycles de l’Assassin Royal et des Aventuriers de la Mer offrent une analyse presque naturaliste des comportements humains dans des situations extrêmes. Le thème du déterminisme, omniprésent chez Zola, trouve écho chez Hobb, où les héritages familiaux et les conflits intérieurs prennent souvent le pas sur la simple aventure héroïque.

En somme, Tolkien et Balzac sont les grands architectes de mondes, tandis que Hobb et Zola se concentrent sur l’âme humaine, avec une attention particulière aux détails psychologiques et sociaux. La grande littérature populaire, le beau texte, les personnages ciselés, la description minutieuse des conflits de classe, les héros qui cherchent à façonner leur destin ont définitivement migré des hôtels particuliers des grands boulevards vers les Vivenefs pirates.