Il est fascinant de voir à quel point même un réalisateur de la stature de Steven Spielberg peut être insatisfait de l’une de ses œuvres, en l’occurrence Hook.

Pourtant, ce film, souvent jugé sévèrement pour ses décors stylisés ou son manque de cohésion, reste un joyau pour bien des spectateurs. En le voyant sous le prisme de la thérapie narrative, Hook s’impose par ailleurs comme une réflexion profonde sur l’identité et la réconciliation de nos multiples facettes, bien au-delà de ses imperfections cinéphiliques.

Spielberg décrit Hook comme une histoire sur l’amnésie et la reconquête de soi. C’est justement cette amnésie, cette distance entre Peter Banning et Peter Pan, qui constitue le cœur narratif du film. Dans la thérapie narrative, nous explorons comment nos vies sont façonnées par les récits que nous choisissons de croire et de transmettre sur nous-mêmes. Hook illustre parfaitement ce processus. Peter Banning a laissé réécrire son histoire en effaçant son enfance, en adoptant une version de lui-même en total décalage avec son identité préférée. Le capitaine Crochet, quant à lui, incarne ce que Peter pourrait devenir s’il laisse le cynisme et l’amertume le submerger.

Dans ce combat entre Peter et Crochet, il ne s’agit pas simplement d’un affrontement entre le héros et son ennemi, mais plutôt d’une lutte entre deux versions de la même personne. Crochet n’est autre que l’incarnation des peurs et des doutes de Peter. C’est lui qui le confronte à son refus de grandir, tout en étant lui-même hanté par l’idée de vieillir et d’être oublié. Sous cet angle, Hook devient une fable identitaire : une exploration des récits contradictoires que nous devons intégrer pour devenir nous-mêmes. Peter Pan ne peut devenir adulte qu’en acceptant ses peurs, symbolisées par Crochet.

Spielberg regrette de ne pas avoir eu les moyens techniques de créer un monde imaginaire plus immersif, mais peut-être que cette simplicité artisanale est justement ce qui rend le film si poignant. Les décors stylisés que Spielberg critique, les « arbres peints en bleu et rouge », sont en fait les reflets visuels d’un monde intérieur complexe. Le Pays Imaginaire, avec ses excès de couleurs et ses décors extravagants, incarne un retour à l’enfance, non pas comme une période de la vie, mais comme une part refoulée de l’identité de Peter.

Certes, Hook n’est pas un conte de fées classique. C’est plutôt une quête introspective déguisée en aventure familiale, où le véritable enjeu n’est pas de vaincre un méchant (et de ne pas se laisser voler ses enfants par ce méchant), mais de se réconcilier avec soi-même. Le fait que Spielberg ne se soit pas senti à l’aise durant la production et qu’il ait cherché à « masquer son insécurité » en agrandissant les décors reflète peut-être cette tension centrale du film : l’hésitation entre l’enfance et l’âge adulte, entre l’imagination débordante et les contraintes du réel. Cette lutte, c’est celle de Peter, mais aussi celle de Spielberg, qui, à travers ce film, interroge sa propre relation à la créativité et à la responsabilité.

Ainsi, Hook, malgré ses imperfections techniques ou scénaristiques, brille par la profondeur de son propos. Il nous rappelle que grandir, ce n’est pas renoncer à ses rêves, mais les intégrer dans une identité plus vaste. Et si Crochet et Peter ne sont que deux facettes d’un même personnage, alors le véritable héros de Hook, c’est l’être humain, dans toute sa complexité, naviguant entre souvenirs et avenir, entre pertes et rédemptions.