
Il suffit d’observer un trajet sur autoroute pour comprendre à quel point le contrat social est en train de s’effondrer.
Les règles de courtoisie et de respect, jadis non écrites mais respectées pour une cohabitation harmonieuse, sont désormais reléguées au rang de vestiges. À 130 km/h, ce n’est plus une question de code, mais de survie. On se croirait dans un épisode des « Hunger Games ». La courtoisie est devenue rare, l’indifférence est la norme, et chacun roule pour soi, le regard rivé sur l’horizon de son cruse control, insensible à ceux qui l’entourent sinon pour le doubler avec un maximum d’avidité.
Cet effritement des codes de conduite – au sens propre comme au sens figuré – trahit l’affaiblissement de ce lien social tacite qui nous permettait de partager un espace commun en relative harmonie. Les « voies de gauche » sont devenues l’arène où dominent la loi du plus gros, du plus rapide, de celui qui peut se payer la BMW, l’Audi ou la Tesla des maîtres du monde. En observant les attitudes au volant, il est difficile de ne pas se demander si la marque du véhicule n’influence pas l’identité du conducteur et ses pratiques au volant. Je m’en souviens d’une vieille pub BMW, on était dans la position d’un conducteur qui voyait une grosse BM pleins phares débouler dans son rétroviseur. Le slogan était simplement : « véhicule prioritaire ».
Tesla, poir sa part, sans forcément revendiquer la sociopathie de son PDG, porte cette promesse de modernité technologique et de caution écologique, ce qui confère à certains de ses conducteurs un sentiment de supériorité morale qui se traduit au volant par une conduite en mode Mario Kart.
L’autoroute, en tant que microcosme social et patriarcal, est une scène crue de notre époque : chacun pour soi, la fin justifiant les moyens, la bagnole devenant une extension de l’ego. Nous sommes bien loin du simple partage de la route. Cette réalité des routes, où la règle du plus fort est la seule qui compte, est peut-être le miroir de ce que nous devenons : des individus déliés, où chacun avance dans son couloir sans plus se soucier de l’autre.
Nul besoin d’aller sur les autoroutes pour faire ce constat. Les civilités sont en chute libre aussi bien sur les trottoirs ou à la porte des magasins. Peut-être est-ce que je fais plus jeune que mon âge (76), mais quand, sur un trottoir, je croise un groupe de jeunes, c’est moi qui descends du trottoir. Si je retiens de se refermer la porte de ma supérette pour des adolescents qui sont derrière moi, aucun ne reprend la porte, ils passent et continuent leur conversation sans me jeter un « merci ». Il y a quelques années encore, les filles étaient plus courtoises que les garçons, mais c’est fini: l’égalité dans l’incivilité s’est installée. Bon, j’ai l’impression de vieuxconniser comme dit un de mes amis. A côté de cela, il y a quand même aussi des sourires échangés. C’est fou ce qu’un sourire peut faire ! On devrait lancer la Révolution du Sourire ! Bon dimanche les amis !
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Autre version semi-déprimante : j’utilise les transports publics au nom des « dieux des mobilités douces »; mais en ce samedi 26 Octobre 2024 de congés scolaires, il n’y a pas de bus matinal pour rejoindre dans les temps (10h) mon poste de bénévole au CFBS du Crotoy (Somme). Je prends donc un TER très matinal d’Abbeville à Noyelles/mer en faisant confiance à l’automobiliste provincial pour me prendre en stop et m’épargner 100 minutes de marche et faire plutôt quelques minutes de co-voiturage. Et bien … la société de défiance m’a fait dépasser par au moins 60 voitures (dont les conducteurs détournaient pour la plupart les yeux) y compris un gros c……d qui a mis sont clignotant pour faire semblant de s’arrêter avant de ré-accéler en me faisant un doigt d’honneur (jusqu’où la méchanceté gratuite va t’elle se nicher !) … et au moment ou je n’y croyait plus, une modeste camionnette (pas une BMV !) équipée de 2 gentils picards d’âge moyen a trouvé naturel de s’arrêter pour m’emmener. Une micro illustration et un macro enseignement (paysage de l’action) de l’état de notre Société = 5% de méchanceté pure / 90% d’indifférence / 5% d’attention #LeçonDeVie
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Je pense que le concept de société est peut-être en train d’évoluer (ou alors c’est moi qui vieuxconnise comme le dit Thierry )…
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