ll est si facile de critiquer l’hôpital public. Une salle d’attente bondée, des brancards qui débordent dans les couloirs, des délais interminables… Tout cela nourrit volontiers les conversations désabusées autour d’un café ou dans les éditos acerbes des journaux.

Et pourtant, le jour où cet hôpital sauve une vie – la tienne ou celle d’un être cher – tout change. Là, entre les mains de ces soignants épuisés mais incroyablement humains, une vérité éclatante nous saute au visage : nous sommes en train de détruire l’un des plus extraordinaires biens communs jamais créés.

Imaginez un instant nos dirigeants passer une nuit ordinaire aux urgences. Pas à l’Hôpital Américain de Neuilly ou au Val de Grâce, ni même dans les sections VIP des grands hôpitaux, mais sur un brancard, avec leur vieille maman en détresse respiratoire, coincés entre un jeune homme blessé et une femme en pleurs. Peut-être comprendraient-ils ce que les statistiques ne traduisent pas : l’hôpital public n’est pas une institution, c’est une muraille. Une muraille contre la souffrance, contre la mort, qui tient debout grâce au professionnalisme et à la gentillesse de ses héros ordinaires.

Car oui, ce château de cartes, rafistolé avec des bouts de ficelle et du sparadrap, tient encore debout. Pas grâce aux budgets, qui s’amenuisent. Pas grâce aux infrastructures, qui vieillissent. Mais grâce à ces hommes et ces femmes qui sacrifient leur santé, physique et psychique, pour que nous ayons encore un endroit où aller quand tout semble perdu.

Alors, la prochaine fois que nous grognons contre un retard ou une attente, pensons-y. Réfléchissons à ce que nous sommes en train de perdre. Et demandons-nous, franchement : que vaut une société qui abandonne ceux qui la soignent ?