Neal Stephenson est sans conteste un auteur de science-fiction à part. Avec des romans tels que Cryptonomicon ou Anathem, il a prouvé qu’il pouvait jongler avec brio entre érudition, innovation technologique et complexité narrative. L’Âge de diamant ne fait pas exception. Ce roman, à la croisée du steampunk et de la SF pure, est une œuvre d’une virtuosité incroyable qui emprunte autant à la littérature victorienne qu’à des visions futuristes époustouflantes.

L’histoire suit deux trajectoires principales : celle de Nell, une jeune fille issue des bas-fonds, qui découvre un monde de savoir et de puissance grâce au « Manuel illustré d’éducation pour Jeunes Filles », et celle de John Percival Hackworth, ingénieur néo-victorien, créateur du manuel et victime d’une chute sociale vertigineuse. La progression de Nell, racontée à travers un univers de contes de fées aussi éducatifs qu’émancipateurs, est fascinante et bouleversante. En parallèle, la descente aux enfers de Hackworth nous plonge dans une critique des classes sociales et de l’impact des technologies sur les structures culturelles.

Là où L’Âge de diamant brille particulièrement, c’est dans sa capacité à mêler des éléments aussi divers que les nanotechnologies, les inégalités sociales, le tribalisme culturel et une forme d’éducation humaniste. Stephenson s’inspire de la structure des romans victoriens – avec des titres de chapitres évocateurs et une prose élégamment désuète – tout en l’insérant dans un cadre profondément futuriste. Le résultat est un mariage étonnamment harmonieux entre le steampunk et la SF, renouvelant un genre souvent figé dans ses codes.

Malheureusement, tout génie a ses failles. Et Stephenson, dans sa virtuosité presque écrasante, finit par céder à ses pires penchants. Passé les deux tiers du roman, le récit se délite dans des digressions philosophiques, voire des parenthèses pseudo-sexuelles, qui donnent le sentiment qu’il cherche une fin sans jamais la trouver. Ce déraillement, frustrant après tant de promesses et de pages denses, donne une impression d’inabouti. On referme le livre avec le regret d’avoir investi autant d’attention dans une intrigue qui ne parvient pas à atterrir.

Au final, L’Âge de diamant est une œuvre à la fois fascinante et frustrante. Il démontre une fois de plus la richesse et l’ambition de Neal Stephenson, tout en rappelant que parfois, même le plus grand des esprits peut se perdre dans sa propre complexité.