
Lacanau bouge, et pas qu’un peu. Entre concerts, spectacles et événements culturels, on ne s’ennuie pas. Hier soir, c’était une belle affiche à la salle l’Escoure : Les Innocents en tête d’affiche, précédés par Blankass en première partie.
Blankass, c’est du rock français engagé, né dans les années 90, avec des hymnes puissants portés par des guitares acoustiques nerveuses et un chant fédérateur. Les Innocents, eux, ont marqué les années 90 avec leurs mélodies pop ciselées et leurs harmonies vocales raffinées, entre douceur et éclats de guitare bien sentis.
Une soirée de qualité, deux groupes aux belles prestations, mais une différence fondamentale dans la manière d’occuper l’espace sonore.
Blankass, c’est l’énergie brute. Deux guitares acoustiques amplifiées, identiques en timbre et en jeu, un piano électrique qui alterne basses main gauche et accords plaqués main droite, et un chant principal soutenu par des chœurs bien calés à la tierce. Le son est puissant, mais quelque chose manque :
Tout est concentré sur les bas médiums, les médiums et les hauts médiums.
Pas de graves, pas d’aigus, ou du moins pas assez pour équilibrer l’ensemble.
Résultat : un spectre sonore un peu étriqué, qui manque d’air et d’espace. La dynamique est là, l’énergie aussi, mais musicalement, on reste un peu sur sa faim.
Et puis arrivent Les Innocents, et là, tout change. Deux guitaristes chanteurs, mais cette fois :
Une guitare acoustique amplifiée au son rond et chaud.
Une guitare demi-caisse électrique, genre Gibson ES-quelque-chose, avec un son crade, saturé dans les aigus, arrosé de réverbe.
Deux voix très différentes, qui se répondent sans jamais se couvrir.
Un jeu en arpèges plutôt qu’en accords plaqués, qui laisse respirer la musique.
Un ampli à lampes, repris par la sono, qui devient le point de focalisation de l’oreille.
Et là, magie : tout l’espace est occupé. L’oreille voyage, se pose, repart, suit les subtilités du mix. Les textes ciselés, les tubes d’hier, les nouvelles chansons, quelques impros… Tout fascine. Même les solos, réduits à trois notes bien placées, marquent l’esprit. Tout est dans la finesse.
Ce concert, c’était une masterclass en gestion du spectre sonore. Ne pas tout doubler, ne pas tout empiler, mais au contraire laisser respirer, jouer avec les contrastes, chercher la complémentarité plutôt que la redondance. Parce qu’au final, un bon mix, sur scène comme en studio, c’est souvent une histoire d’espace et de silence bien placé.
Donner sa place au silence, une belle leçon de guitare !