
Dans la jungle des séries historiques, rares sont celles qui parviennent à conjuguer splendeur visuelle, finesse narrative et résonance contemporaine. The Last Kingdom fait figure d’exception, non pas seulement par son ancrage dans une époque révolue, mais par la profondeur de ses questionnements qui transcendent les siècles.
Au cœur de la série, Outhred de Bebbanburg n’est pas simplement un héros anglo-saxon-viking plongé dans le tumulte du IXe siècle. Il est surtout l’incarnation d’un conflit intérieur permanent, déchiré entre ses appartenances imposées et son aspiration à l’autonomie. Enfant arraché à sa lignée, élevé parmi les Danois, puis tiraillé entre deux mondes ennemis, Outhred est constamment confronté à la question de ce qui le définit : son sang, sa culture d’adoption, ou sa volonté propre de se construire en dehors de ces assignations.
Ce combat identitaire, qui prend la forme d’alliances brisées, de fidélités trahies ou réinventées, ne se réduit pas à une fresque historique. Il dialogue avec nos interrogations modernes sur l’identité : que reste-t-il de nous lorsque tout ce qui nous a été transmis vacille ou se démonétise ? Comment choisir son chemin dans un monde où l’on est supposé être construit par notre appartenance tribale ? Les dilemmes d’Outhred rappellent ceux de chacun d’entre nous face aux attentes familiales, sociales ou culturelles. Ils posent la question cruciale : qui décide réellement de la personne que l’on devient ?
L’écriture subtile de The Last Kingdom ne propose aucune réponse définitive. Outhred lui-même ne cesse d’être façonné et parfois détruit par ses choix, souvent contradictoires. La série nous montre qu’être fidèle à soi-même n’est jamais un acte isolé, mais un processus de négociation incessante avec ses héritages, ses valeurs et ses blessures.
Il n’y a pas de manichéisme dans The Last Kingdom. Chaque personnage incarne une facette de ce conflit universel : des figures cruelles, mais humaines ; des adversaires loyaux ; des alliés ambigus. À travers eux, la série dépasse la simple reconstitution historique pour se transformer en réflexion existentielle.
Ainsi, la série au fil de ses 5 saisons nous parle autant du IXe siècle que de notre époque. Dans un monde contemporain où les injonctions identitaires – qu’elles soient ethniques, culturelles, de genre ou idéologiques – se font de plus en plus pressantes, Outhred -en dépit de sa coupe à la Florent Pagny- devient un miroir troublant. Sa quête de liberté nous rappelle que, comme lui, nous sommes souvent les otages de nos loyautés multiples. Mais elle montre aussi qu’il est possible, même dans le chaos, de tenter d’écrire son propre récit.
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