
Il y a quelque chose de fascinant et de terrifiant à la fois dans The Apprentice. Fascinant, parce qu’il nous invite à soulever le capot et à observer comment on peut programmer le cerveau d’un jeune imbécile prétentieux pour en faire un monstre de cynisme et d’agressivité qui finira par présider aux destinées des États-Unis à deux reprises. Terrifiant… pour exactement les mêmes raisons.
Le film suit l’ascension de Donald Trump dans les années 70 et 80 sous la tutelle de Roy Cohn, l’avocat sulfureux, ancien bras droit de McCarthy, génie du coup bas et maître incontesté de la manipulation. Cohn lui enseigne trois règles d’or : ne jamais admettre qu’on a tort, toujours attaquer plus fort et nier obstinément toute défaite en prétendant que c’est une victoire. Une doctrine qui transformera un jeune promoteur arrogant en bulldozer politique.
La relation entre les deux hommes, mentor et élève, est au cœur du récit, allant de la fascination servile des débuts au reniement. Cohn, en pleine déchéance à cause du SIDA qu’il nie jusqu’au bout, se heurte à l’ingratitude de son disciple. Trump, d’abord fasciné, finit par le laisser tomber, terrifié par la maladie et plus encore par l’image d’échec qu’elle renvoie. Au final, Trump applique avec une froideur clinique les leçons apprises : il exploite, trahit et écrase sans jamais se retourner.
Mais ce qui rend The Apprentice encore plus troublant, c’est la performance hallucinante de Sebastian Stan. Il ne se contente pas d’imiter : il incarne littéralement son sujet, restituant à la perfection ses mimiques, ses tics faciaux, sa gestuelle et cette arrogance brute qui le caractérise. Chaque rictus, chaque moue méprisante de sa petite bouche, chaque regard reptilien semble avoir été étudié au scalpel. On assiste, médusé, à la naissance d’un prédateur, un Trump en gestation, qui absorbe les leçons de Cohn comme une éponge et les restitue avec une précision glaçante. Un vrai tour de force d’acteur, qui fait basculer le film de la simple reconstitution historique à une expérience quasi hypnotique.
Le film a fait hurler l’homme à la mèche, qui l’a trouvé « mal fait et mensonger ». Il y a quelque chose de délicieusement absurde à voir Trump traiter une œuvre de mensongère. Dans ce monde hallucinant, nous vivons définitivement dans un roman de Philip K. Dick. Ou devrions-nous dire… Philip K. Duck, puisque nous parlons ici de Donald.