
Il fut un temps où la saga Hunger Games incarnait une critique acerbe des dérives totalitaires, portée par une narration haletante et des personnages profondément humains. Mais avec Lever de soleil sur la moisson, Suzanne Collins semble céder aux sirènes de la franchise à outrance, au détriment de la fraîcheur et de la pertinence qui faisaient le sel de la trilogie originale.
Revenons brièvement sur cette trilogie fondatrice : publiée entre 2008 et 2010, elle nous plongeait dans un futur dystopique où, chaque année, le Capitole contraignait douze districts asservis à envoyer deux adolescents combattre à mort dans une arène télévisée. Nous suivions le parcours de Katniss Everdeen, jeune adolescente intrépide du District 12, qui défiait l’ordre établi avec une détermination farouche. Ces romans, mêlant action, romance et réflexion sociale, ont connu un succès mondial, amplifié par leurs adaptations cinématographiques entre 2012 et 2015.
L’aventure semblant achevée, Collins a ensuite proposé un préquel en 2020, La Ballade du serpent et de l’oiseau chanteur, explorant la jeunesse de Coriolanus Snow, futur président tyrannique de Panem. Ce roman a également été porté à l’écran en 2023 sous la direction de Francis Lawrence, mais le film, malgré un casting prometteur avec Tom Blyth et Rachel Zegler, n’a pas su égaler la performance magistrale de Donald Sutherland dans le rôle de Snow.
Aujourd’hui, c’est au tour de Haymitch Abernathy d’avoir son propre préquel. Introduit dans le premier Hunger Games en tant que coach alcoolique et désabusé de Katniss et Peeta, Haymitch était incarné à l’écran par l’excellent Woody Harrelson. Dans Lever de soleil sur la moisson, nous découvrons un Haymitch adolescent, victorieux des 50e Hunger Games, également connus sous le nom de Deuxième Expiation.
Mais que nous apporte réellement ce nouvel opus ? Malheureusement, pas grand-chose de neuf. Nous assistons à une troisième itération des jeux, moins spectaculaire que les précédentes, dépourvue de l’effet de surprise qui faisait la force du premier volume et de la sophistication technique des deux premiers plateau de jeu. L’écriture, assez minimaliste, même pour Suzanne Collins qui n’est pas une grande styliste, manque de profondeur tant dans les descriptions que dans le développement des personnages. Certes, quelques scènes émouvantes parsèment le récit, rappelant furtivement l’émotion authentique des débuts. Les prémices de la rébellion sont esquissées, mais de manière peu crédible, et l’intrigue secondaire plus politique n’arrive pas se faire une place au sein du récit. Haymitch peine à porter l’histoire sur ses jeunes épaules et si l’on comprend mieux l’origine tragique de son alcoolisme et que certains personnages secondaires retiennent l’attention, l’ensemble laisse une impression de déjà-vu et de réchauffé.
Il semble que le succès massif de la saga ait étouffé sa spontanéité. Peut-être serait-il judicieux, à l’instar de J.K. Rowling publiant sous pseudonyme, que Collins explore de nouveaux horizons littéraires pour éviter l’écueil de l’auto-parodie et de la dilution progressive dans les impératifs commerciaux. Car à force de vouloir reproduire les recettes qui ont fonctionné, on risque de ne plus rien avoir à dire de nouveau…