
Il suffit d’observer un trajet sur autoroute pour comprendre à quel point le contrat social est en train de s’effondrer.
Les règles de courtoisie et de respect, jadis non écrites mais respectées pour une cohabitation harmonieuse, sont désormais reléguées au rang de vestiges. À 130 km/h, ce n’est plus une question de code, mais de survie. On se croirait dans un épisode des « Hunger Games ». La courtoisie est devenue rare, l’indifférence est la norme, et chacun roule pour soi, le regard rivé sur l’horizon de son cruse control, insensible à ceux qui l’entourent sinon pour le doubler avec un maximum d’avidité.
Cet effritement des codes de conduite – au sens propre comme au sens figuré – trahit l’affaiblissement de ce lien social tacite qui nous permettait de partager un espace commun en relative harmonie. Les « voies de gauche » sont devenues l’arène où dominent la loi du plus gros, du plus rapide, de celui qui peut se payer la BMW, l’Audi ou la Tesla des maîtres du monde. En observant les attitudes au volant, il est difficile de ne pas se demander si la marque du véhicule n’influence pas l’identité du conducteur et ses pratiques au volant. Je m’en souviens d’une vieille pub BMW, on était dans la position d’un conducteur qui voyait une grosse BM pleins phares débouler dans son rétroviseur. Le slogan était simplement : « véhicule prioritaire ».
Tesla, poir sa part, sans forcément revendiquer la sociopathie de son PDG, porte cette promesse de modernité technologique et de caution écologique, ce qui confère à certains de ses conducteurs un sentiment de supériorité morale qui se traduit au volant par une conduite en mode Mario Kart.
L’autoroute, en tant que microcosme social et patriarcal, est une scène crue de notre époque : chacun pour soi, la fin justifiant les moyens, la bagnole devenant une extension de l’ego. Nous sommes bien loin du simple partage de la route. Cette réalité des routes, où la règle du plus fort est la seule qui compte, est peut-être le miroir de ce que nous devenons : des individus déliés, où chacun avance dans son couloir sans plus se soucier de l’autre.