
« Le dernier aventurier du monde moderne, c’est le père de famille », disait Maurice Barrès.
Cette phrase, pleine de nostalgie et de vérité, résonne avec force dans l’excellent film québécois Starbuck, réalisé par Ken Scott. Le héros, David Wosniak, est un post-adolescent attardé de 42 ans qui jongle maladroitement entre les dettes, un boulot sans avenir et une relation sentimentale vacillante. Pourtant, sa vie prend un tournant inattendu lorsqu’il apprend qu’il s’apprête à devenir père. Pour la première fois. Enfin… c’est ce qu’il croit.
Vingt ans plus tôt, en pleine galère étudiante, David avait trouvé une source de revenus insolite : vendre son sperme à une clinique de fertilité. Ce qu’il ignorait, c’est que cette décision anodine allait faire de lui, deux décennies plus tard, le géniteur de 533 enfants. Pire (ou mieux ?) encore, 142 d’entre eux cherchent aujourd’hui à découvrir son identité. Une tempête surréaliste qui pose des questions essentielles et troublantes : qu’est-ce qu’être père au delà de fournir la petite graine ? Dans une société où les techniques de procréation bouleversent les modèles familiaux traditionnels, quelles valeurs, quels repères nous restent-ils ? Et surtout, quels points d’heureux pères peuvent encore nous ancrer dans la vie ?
Starbuck est bien plus qu’une comédie furieusement drôle et savamment écrite. C’est un récit profondément humain sur la responsabilité, la transmission, et cette quête universelle de sens qui façonne nos identités. Au fil du film, on observe David évoluer, presque malgré lui, en réfléchissant à la portée de ses actes et à ce qu’ils signifient pour ceux qui l’entourent. C’est dans cette exploration intérieure qu’il trouve une forme de rédemption, de renaissance même. Et ce n’est pas seulement son parcours qui touche : le film met également en lumière la capacité d’une communauté, ici ces enfants « orphelins de père », à se réinventer et à transcender une situation improbable en forgeant des liens neufs, portés par une résilience collective inattendue.
En sortant de cette histoire vibrante et désopilante, j’ai senti une résonance intime avec ma propre vie. Je n’ai jamais rien fait de grand, de spectaculaire ou d’héroïque. Rien d’autre que d’être un père. Ou plutôt, comme mes enfants me l’ont si tendrement corrigé, un « papa ». Ce mot, si simple et pourtant si chargé de sens, est le cœur de ma vie. C’est dans ce rôle-là que je me suis trouvé. C’est ce qui, malgré toutes les vicissitudes, me permet de croire, profondément, que j’ai vécu. Que ça valait le coup. Peu importe le destin de l’univers ou la poussière que nous deviendrons tous un jour, être un papa, c’était ma quête, mon étoile, ma nouvelle frontière à moi.