
Si loin, si près de ma vie, ce cimetière aux tombes délabrées envahi d’herbes folles et d’orties. Retour dérisoire à Kichinev dans ce pays de légende, cette Bessarabie dont enfant, je me demandais de quelle sorte d’Arabie il pouvait bien s’agir. Haïa, Haïm, le registre du gardien a livré vos noms pâlis sans que j’aie la patience de partir en safari parmi les ronces. Mais j’honore vos vies et vos histoires modestes et sublimes. Vous m’avez vu fouler ces chemins cabossés et frôler les vestiges de tant d’amours, d’espoirs, de soucis et de rêves de mes doigts d’intermittent de la chair. Je suis reparti avec vous, même si vous n’êtes qu’une fugitive étincelle de mémoire dans l’histoire dévastée de ma famille. Mince frontière qui vous sépare de l’oubli.
« j’aime » ce que tu dis ici Pierre.
Les cimetières ne sont pas la dernière demeure de nos invisibles.
C’est en nous qu’ils habitent, où ils sont et restent visibles, vivants.
« Quand on ne parle plus des personnes, elles meurent une seconde fois »
nous le savons.
Alors j’en parle, Sophie, partie un jour de mars 1996, aura 50 ans le 7 juillet.
J’aimeJ’aime