Lors de ma Master Class de cette semaine, j’ai eu l’immense privilège de rencontrer deux autrices dont les œuvres résonnent profondément avec les principes narratifs  : « Le Nénuphar » de Chloé Renault et « Dialogue de sourdes » de Catherine Tetart. Bien que traitant de sujets différents — le cancer pour Chloé et la surdité pour Catherine —, ces deux ouvrages partagent un point commun essentiel : l’externalisation de la relation avec la maladie.

Chloé Renault, dans Le Nénuphar, nous offre un véritable bijou littéraire, où l’humour et la légèreté se mettent au service d’une réflexion profonde sur le cancer. À travers ses illustrations pleines de vie et de dérision, elle parvient à dédramatiser les dispositifs médicaux souvent froids et impersonnels. Cet ouvrage n’est pas qu’un récit personnel, c’est un plaidoyer pour l’humanisation des parcours de soins, un espace de résistance face à un regard médical qui réduit trop souvent la personne à sa pathologie. Par son ton léger et ses réflexions empreintes d’humour, Chloé nous invite à réinventer la manière dont les patients vivent la maladie, en restituant l’humanité souvent dérobée par des processus médicaux standardisés.


Catherine Tetart, quant à elle, explore dans Dialogue de sourdes la surdité non pas comme une fatalité, mais comme une entité narrative (« Ab-surdité ») avec laquelle il est possible de dialoguer et d’interagir. Elle externalise la surdité pour mieux en comprendre l’impact sur ses relations et son identité. À travers une écriture poignante, elle transforme ce qui pourrait être un obstacle en source de réflexion et de résilience.

Ces deux autrices nous rappellent, en écho aux travaux de Rita Charon, que la manière dont nous racontons nos expériences de maladie influence profondément notre capacité à les affronter. Un hommage particulier doit être rendu à Chloé, dont l’humour est un souffle d’air frais dans ce qu’on pourrait voir comme une tempête intérieure. Par le rire et la créativité, elle résiste à la déshumanisation des processus médicaux et redonne aux personnes touchées par la maladie leur dignité et leur identité polyphonique.