Si Philip K. Dick devait écrire la campagne des élections américaines, on pourrait croire qu’il n’aurait presque rien à inventer. Son génie, qui mêlait réalité altérée, manipulation mentale et distorsion du temps, semble littéralement jaillir de chaque discours, chaque rebondissement politique.

Dans le monde dickien, la réalité est toujours fragile, prête à se dissoudre sous nos pieds. En 2024, on n’échappe pas à cette ambiance : deepfakes, désinformation et IA générative brouillent les frontières entre le vrai et le faux. Les candidats eux-mêmes semblent parfois être des simulacres – ces imitations d’humains qui peuplent l’univers de Dick, incapables de sentiments véritables mais experts en manipulation. Sont-ils seulement réels ?

Ajoutez à cela l’impression d’une réalité alternative parallèle, où chaque camp vit dans sa propre bulle narrative. Chacun projette un avenir apocalyptique en cas de défaite, où l’autre serait un agent d’un complot titanesque. Ce n’est plus seulement une lutte pour des voix, mais pour la réalité elle-même. Exactement comme dans « Ubik » ou « Le Maître du Haut Château », où l’on se bat pour imposer une version de la réalité aux autres.

Dick nous aurait aussi parlé du contrôle mental. Les algorithmes des réseaux sociaux créent des chambres d’écho où les électeurs sont nourris en continu de contenu parfaitement calibré pour renforcer leurs convictions. Chacun devient l’ombre de lui-même, enfermé dans une boucle de croyances, incapable d’imaginer qu’il puisse y avoir un autre monde là dehors. N’est-ce pas exactement le type de dystopie que Dick décrivait, où la liberté de pensée n’est qu’une illusion soigneusement entretenue ?

Enfin, le climax dickien : qui tire vraiment les ficelles ? Derrière les candidats, Dick aurait inventé une corporation obscure ou une entité invisible, réécrivant la trame du réel à sa guise, manipulant chaque événement, chaque déclaration, comme une expérience à grande échelle. Aujourd’hui, certains parlent de l’influence des super-riches, des lobbies, des pouvoirs supranationaux. Dick aurait sans doute vu là la trace de ses mystérieuses forces cosmiques qui transcendent les simples individus.

En somme, la campagne des élections américaines est bien plus qu’une compétition politique. C’est un thriller paranoïaque, une dystopie où la réalité vacille et où chacun lutte pour ne pas devenir fou (à commencer par nous qui en sommes les spectateurs hallucinés). En 2024, plus que jamais, il semble que nous vivons dans une œuvre de Philip K. Dick. Et malheureusement, dans 15 jours, les US risquent de basculer dans un roman de Margaret Atwood : la Servante Écarlate !