Avec la mini-série Culte (Prime Video), on replonge dans les débuts sulfureux de la télé-réalité en France, lorsque Loft Story débarque en 2001 et déchaine les passions.

Scandale pour les uns, phénomène de société pour les autres, l’émission incarne un tournant : la mise en scène de la vie privée pour le plaisir voyeuriste des téléspectateurs. La série, brillamment écrite et interprétée, nous rappelle l’effroi avec lequel cette incursion dans l’intimité a été accueillie à l’époque, qualifiée de vulgaire et populiste.

Mais qu’est-ce qui a vraiment changé, vingt ans après ce panoptique balbutiant, sinon le fait que le panoptique, denoncé par Foucault dans « Surveiller et punir » est devenu un mode de vie ? Là où la télévision offrait des fenêtres limitées sur des existences surveillées, Internet et les réseaux sociaux ont ouvert des portes béantes, où chacun devient acteur et spectateur à la fois. Les réseaux permettent une consommation infinie de contenus intimes, une interaction instantanée avec ces nouveaux « héros » du quotidien. Et surtout de mettre en scène sa propre vie comme une série.

Ce n’est plus la télé qui nous montre la vie des autres : c’est nous qui choisissons de l’étaler en ligne, au fil des réseaux sociaux. La frontière entre vie privée et publique s’est brouillée, et la fascination morbide pour l’intimité de l’autre alimente cette editing de soi permanent

Alors, finalement, est-ce que quelqu’un a vraiment quitté le Loft depuis 2001 ? Ou sommes-nous toujours les mêmes consommateurs des vies secrètes des autres, mais devenus les sociétés de production et les metteurs en scène de notre propre enfermement ?