
Hier j’ai participé à Lacanau à une manifestation tout à fait originale, la Gratiferia. Il s’agit d’un vide-grenier, mais où tout est gratuit. Pendant 3 jours, les habitants de la ville peuvent apporter tous les objets dont ils n’ont plus l’utilité, et une équipe de bénévoles dispose ces objets sur des stands qui sont ouverts pendant toute la matinée du samedi. Il n’y a aucun prix de fixé, les gens viennent et se servent librement. Tout est gratuit !
Des personnes qui n’ont pas de quoi fêter Noël peuvent ainsi faire provision de jouets pour leurs enfants, d’autres trouver des habits en bon état et des chaussures, d’autres encore profiter de nombreux livres sur tous les sujets et de toutes sortes d’auteurs pour se cultiver ou s’évader.
Lors de mon engagement en tant que bénévole dans cette belle idée d’un marché 100 % gratuit où chacun peut donner et prendre ce qui lui plaît, j’étais enthousiaste. Offrir une seconde vie aux objets, réduire les déchets, partager plutôt que vendre : tout semblait résonner avec les valeurs de solidarité et de sobriété dont nous avons tant besoin.
Et pourtant, au milieu de cette généreuse effervescence, un léger malaise m’a saisi. Pourquoi ? Peut-être à cause des tables croulant sous des montagnes d’objets. Jouets neufs encore sous emballage, vêtements de fast fashion portés à peine deux fois, livres en quantité astronomique… Ces objets, vestiges de notre consommation frénétique, s’accumulaient comme des sédiments, témoins silencieux d’un trop-plein matériel.
Puis, à 9 h 02, la scène m’a frappé : une centaine de personnes se sont ruées dans la salle, « poches » Leclerc à la main, avec une frénésie presque animale. Une dame est repartie avec quatre caddies pleins à ras bord de livres. Était-elle vraiment dans le besoin ? Était-ce cela l’objectif de cette manifestation ?
La Gratiferia pose une belle intention : partager plutôt que jeter. Mais ce que j’ai vu ce jour-là m’interroge. Et si, au lieu de remettre en circulation nos surplus, nous commencions par questionner leur origine ? Ces montagnes de choses dont nous nous délestons ne disent-elles pas quelque chose de notre saturation matérielle ?
Peut-être qu’au-delà de la redistribution, il faudrait repenser notre rapport aux objets eux-mêmes. Car si nos bonnes intentions sont louables, elles ne suffisent pas à masquer la question fondamentale : pourquoi possédons-nous autant ? Et pourquoi en voulons nous toujours plus ?
Bien vu Pops !
Un de mes amis a aidé au déménagement d’un couple de cinquantenaires de la petite classe moyenne: il ne s’en est pas remis ! Plus de vêtements et de paires de chaussures que dans un magasin !
A l’inverse, l’année dernière, suite à la mise en EHPAD d’un vieux monsieur, la personne en charge de vider sa maison jette sur le trottoir des milliers de livres et entreprend de faire débiter les meubles à la scie mécanique (l’artisan a refusé de le faire).
Ne manquerait-il pas quelques récits à notre société ? Sommes-nous dans l’anomie des malheureux Aborigènes déculturés ? De qui sommes-nous les colonisés ?
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Du capitalisme, j’en ai bien peur mon ami…
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Comment s’en libérer ?
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On ne peut pas s’en libérer. Comme l’a très bien dit l’immortel Léonard Cohen, « everybody knows the good guys lost »… Il faudra une crise profonde et brutale pour remettre le modèle en question.
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Il a dit aussi: « There is a crack in everything, That’s how the light gets in » 😉
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Conservons cette note d’espoir…
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Cadeau:
« En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée (…) » « Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d’Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes. L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées. Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif. Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser. On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux. En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté. Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur. L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu. Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutiennent devront ensuite être traités comme tels.» Günther Anders, « L’Obsolescence de l’homme », 1956
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La vache ! 😱
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L’intention était en effet des plus louables mais certains sont toujours dans l’excès, c’est dommage. Ça me rappelle cette magnifique séquence des pots de Nutella il y a quelques années.
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L’enfer est pavé de bonnes intentions dit-on. Mais en tout cas, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain parce qu’il y a une énergie formidable et à part quelques petits abus, plein de gens qui profitent de cette initiative de recyclage !
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Exactement, il vaut mieux se souvenir de ceux pour qui c’est une vraie respiration et qui en font un joli moment de partage 🙂
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