J’ai déjà consacré une chronique à cette magnifique série coréenne. En regardant les derniers épisodes de la deuxième saison (qui faiblit nettement vers la fin), je me demandais pourquoi les personnages de femmes sont sublimes, courageuses, solidaires, alors qu’à part Noa, les personnages d’hommes sont de sombres connards avides, fourbes, violents, ombrageux, vaniteux et jaloux. Est-ce culturel ? Est-ce inhérent au genre masculin ? Au discours dominant sur ce qu’un homme est censé être ? Ou alors à la Corée et au Japon, pays patriarcaux s’il en est ?

La série pose cette question de manière aussi frontale qu’inconfortable : pourquoi, dans ces sociétés hyper hiérarchisées, les hommes semblent-ils si souvent piégés par leurs ambitions dévorantes ? Ils semblent être les jouets d’un système où l’honneur, la richesse et la domination sociale priment sur tout, même sur leurs relations humaines. En revanche, les personnages féminins, malgré leur position subalterne, s’illustrent par une résilience extraordinaire. Leur solidarité ne relève pas seulement d’une stratégie de survie : elle devient un acte politique, un refus collectif d’adhérer à cette violence systémique.

Peut-être est-ce là la véritable question soulevée par cette série : à quoi ressemble une société où la force est constamment glorifiée, mais où elle se révèle, à terme, destructrice ? Les hommes y sont souvent tragiques : prisonniers de codes d’honneur absurdes, d’une compétition incessante et d’une violence imposée par le patriarcat. Les femmes, en revanche, parviennent à transcender ces codes en créant des liens, en faisant preuve d’une intelligence émotionnelle et d’une endurance qui les rend presque mythiques.

Et si ce contraste relevait plus d’une intention artistique que d’un constat cynique ? La série semble nous dire que ces rôles genrés ne sont pas immuables. Derrière chaque « connard » se cache peut-être un être brisé, un homme qui n’a jamais appris à être autre chose que ce que la société lui imposait. De même, derrière chaque héroïne se trouve une femme qui a refusé de se laisser écraser, un symbole d’espoir pour une société où la véritable force ne se mesure pas à la violence.

Alors, faut-il y voir une critique de la Corée et du Japon ? Oui, sans doute. Mais cette série pourrait tout aussi bien parler de nous, ici, dans nos sociétés occidentales où l’équilibre entre les genres et les attentes sociales est loin d’être atteint. Le patriarcat a ce génie universel de produire des monstres et des héroïnes à la chaîne. À nous de décider si nous voulons continuer à nourrir ce cycle ou en sortir.