À première vue, Le Procès du Chien peut sembler n’être qu’une comédie légère, une fable loufoque où un tribunal improbable juge un chien accusé d’un crime aussi absurde qu’invraisemblable. Mais sous ses airs de plaisanterie, ce film mord là où ça fait mal : il nous tend un miroir sur nos sociétés, nos jugements, et nos valeurs.

Que vaut un système judiciaire quand il s’acharne sur un bouc émissaire, même si ce dernier a quatre pattes ? Le film pose la question avec humour, mais la critique est acerbe : combien de procès, dans la vraie vie, sont davantage des mises en scène que des quêtes de vérité ? En caricaturant le procès d’un chien, le film interroge nos biais, nos préjugés, et cette étrange manie qu’ont les humains de chercher des coupables à tout prix, quitte à sacrifier le bon sens sur l’autel de la responsabilité.

Dans cette histoire, la rumeur enfle, l’indignation se répand, et chacun y va de son commentaire, jusqu’à ce que la situation devienne incontrôlable, chauffée à blanc par les médias et surtout les réseaux sociaux et leurs contenus orduriers.

Au cœur de ce procès absurde se trouvent les bien-pensants, ceux qui jugent tout et tout le monde depuis leur perchoir moral, avec la certitude de détenir la vérité. Mais sous ce vernis de vertu, le film révèle une réalité plus sombre : une peur viscérale de l’autre, de ce qui est différent, de ce qui échappe aux normes. Ce chien n’est pas jugé pour ce qu’il a fait, mais pour ce qu’il représente : une menace imaginaire, un étranger dans une société conformiste.

Le choix du chien comme accusé n’est pas anodin. C’est aussi une manière de questionner notre rapport aux animaux et, plus largement, au vivant. Pourquoi certaines espèces méritent-elles notre amour et d’autres notre mépris ? Pourquoi sommes-nous si prompts à déshumaniser – ou plutôt à « déanimaliser » – ceux que nous choisissons de condamner ? Le film gratte là où ça dérange, dans ce spécisme latent qui traverse nos comportements et nos jugements.

Enfin, comment ne pas saluer le talent de Laetitia Dosch, qui parvient à tisser une toile aussi fine entre comédie et critique sociale ? Avec une mise en scène astucieuse, des dialogues ciselés et une belle capacité à aborder des sujets graves sans lourdeur, elle s’impose comme une voix singulière et prometteuse dans le paysage cinématographique.