J’ai toujours été fasciné par Sarah Bernhardt. Sans doute à cause de ma mère, grande amatrice de théâtre, qui la considérait comme la plus grande actrice de tous les temps – et, qui plus est, juive, ce qui, à ses yeux, ajoutait encore à son éclat, même si la chose n’est pas prouvée et sujette à conjectures. Pourtant, au-delà des quelques bons mots attribués à Sacha Guitry, ma connaissance de cette icône était limitée. La sortie du biopic La Divine, signé Guillaume Nicloux, a été pour moi l’occasion de mieux comprendre cette femme hors du commun et de découvrir pourquoi elle fascinait tant Gaya.

Le film s’ouvre sur l’épisode célèbre où Sarah Bernhardt décide de se faire amputer d’une jambe. Une décision radicale et terriblement courageuse, qui donne le ton : on est face à une femme libre, intelligente, féministe avant l’heure, politiquement engagée, volcanique, exigeante, parfois capricieuse, mais toujours en quête d’absolu. Ce choix médical sert de point de départ à une série de flashbacks retraçant sa carrière fulgurante et sa relation passionnée – et tumultueuse – avec l’amour de sa vie, Lucien Guitry. Laurent Lafitte, impeccable, incarne ce dernier avec une intensité qui fait écho à celle de Sandrine Kiberlain dans le rôle-titre.

J’avoue que j’avais quelques doutes : Sandrine Kiberlain, bien que talentueuse, avait-elle les épaules pour incarner une figure aussi démesurée que Sarah Bernhardt ? Mais elle livre ici une performance bouleversante, tout en subtilité, à fleur de peau, parfois ingénue et parfois monstrueuse, et parvient à rendre justice à cette actrice légendaire sans jamais tomber dans la caricature.

Le film est aussi une plongée fascinante dans la société littéraire et artistique du tournant du XXe siècle. Sarah Bernhardt évoluait dans un cercle social prestigieux : Zola, Rostand, Manet, Freud et bien d’autres. Le film offre des scènes savoureuses avec des personnages secondaires incarnés par de jeunes talents épatants de la Comédie-Française, qui réussissent à redonner vie à cette époque foisonnante.

Face à ce panorama de génies réunis, difficile de ne pas ressentir un pincement de mélancolie. La modernité triomphante et son idéologie du progrès semblent avoir anéanti l’effervescence intellectuelle et artistique de cette époque. Si la baisse du QI collectif des Français est imperceptible d’une année sur l’autre, il suffit de regarder en arrière pour se demander si nous ne vivons pas déjà un peu dans Idiocracy.

En somme, La Divine est un film riche et vibrant, qui nous rappelle pourquoi Sarah Bernhardt fut, en son temps, la première super star de l’histoire. Et pourquoi, plus d’un siècle plus tard, elle continue de fasciner.