C’est un événement rarissime. À tel point que je pourrais presque compter sur les doigts d’une main les livres que j’ai abandonnés en cours de route. J’ai une sorte de loyauté absurde envers mes lectures : quand j’ouvre un roman, je me sens engagé vis-à-vis de lui, comme s’il était de mon devoir de l’accompagner jusqu’au bout, quelles que soient les embûches stylistiques ou narratives qui jalonnent le chemin.

Pourtant, page 332 sur 501, j’ai refermé Les brûleurs d’or. Définitivement. Pourtant, ce roman avait tout pour me plaire. J’adore les histoires d’apprentissage de la magie. À 65 ans, j’attends toujours mon hibou de Poudlard, qui a 55 ans de retard – sans doute intercepté par un Détraqueur. Le pitch me promettait une héroïne orpheline, un mystérieux bienfaiteur, un château où l’on enseigne la magie, des amitiés, des secrets et une lutte contre une menace obscure. Une belle couverture, une promesse d’aventure… j’étais prêt à embarquer.

Et pourtant, la magie n’a pas pris

Le cœur du problème, c’est que le roman oscille constamment entre deux pôles qui peinent à cohabiter : d’un côté, un complot politique alambiqué, sans relief ni tension ; de l’autre, un apprentissage de la magie relégué au second plan et traité de manière convenue. Je suis patient, mais après 300 pages, j’ai fini par comprendre que l’équilibre ne se rétablirait pas.

L’alchimie, pourtant mise en avant, est quasi absente. Les cours, les structures magiques, la progression de Cléo… tout cela reste en arrière-plan, sans substance ni émerveillement. Et c’est là que le bât blesse : un roman d’apprentissage doit nous plonger dans la découverte d’un système, nous faire vibrer avec son héroïne. Ici, je suis resté spectateur.

Difficile de s’attacher aux personnages quand ils manquent d’aspérités et d’ambivalence. Cléo, malgré son potentiel, ne m’a pas embarqué. Lazarus, le mentor ténébreux, peine à exister au-delà des clichés du genre. La romance young adult entre eux ? Poussive et fade, loin des élans passionnels et fiévreux qui donnent du relief à ce type d’histoire (ah, qu’on me rende Four Wings et ses coups de chaud !)

Quant à l’intrigue politique… je veux bien qu’on me serve des complots, des manipulations, des jeux d’alliances tortueux, mais encore faut-il que cela soit haletant. Ici, tout semble à la fois abscons et plat, une mécanique qui tourne à vide. Quand on a goûté aux intrigues magistralement tordues des Salauds Gentilshommes, difficile de se contenter d’un ersatz sans éclat.

Je sais bien que Les brûleurs d’or n’est que le premier tome d’une série, mais les grandes sagas savent offrir une aventure autonome et une véritable évolution des personnages dès leur premier opus. Ce n’est pas le cas ici. Et face à cette accumulation de clichés sur la monarchie, cette pâle imitation de Poudlard et cette intrigue sans relief, mon engagement à finir ce que je commence a cédé.

Désolé, petit roman, ce sera sans moi. Mais j’espère que d’autres auront su t’apprécier mieux que moi.

Et la prochaine fois, s’il te plaît, fais-nous vibrer avec une magie fascinante, une héroïne audacieuse dansant sur les clochers comme Fitz, des dialogues pleins d’esprit et de folie comme ceux de Locke Lamora. En un mot, fais-nous rêver.