Paola Cortellesi, bouleversante dans Il Reste Encore Demain dont elle est également la réalisatrice.

Le constat est accablant. Chaque année, l’alcool fauche environ 41 000 vies en France, tandis que le tabac en tue 75 000 et que les drogues illicites, bien que moins meurtrières en chiffres absolus, restent responsables de plusieurs centaines de décès par an, notamment liés aux opioïdes et à la cocaïne. Pourtant, une autre substance, bien plus insidieuse et meurtrière, continue de circuler en toute impunité, dopée par une complaisance culturelle millénaire. Son nom ? La testostérone

Mon projet de loi propose enfin d’en finir avec ce fléau. Car si l’alcool détruit, la testostérone tue à l’échelle industrielle. Violences domestiques, guerres, féminicides, prédation économique, viols, radicalisation idéologique… La liste des ravages causés par cette hormone, lorsqu’elle est adoubée par la culture patriarcale dominante, est interminable.

Mais pour mesurer réellement son impact, rien de tel qu’un visionnage comparatif. D’un côté, Il Reste Encore Demain de Paola Cortellesi, qui met en scène l’Italie fasciste de 1946 comme un huis clos oppressant où la testostérone fait régner sa loi. De l’autre, The Substance de Coralie Fargeat, qui montre comment cette même testostérone façonne le regard social, imposant aux femmes de se conformer à l’injonction d’être jeunes, désirables et consommables, au prix de leur propre dissolution.

Paola Cortellesi réalise avec Il Reste Encore Demain une démonstration clinique des effets d’une société structurée autour de l’agression masculine. Le film, tourné en noir et blanc (la photographie est sublime) pour accentuer son intemporalité, suit Delia, femme au foyer dans une Italie d’après-guerre où le patriarcat ne souffre aucun écart. Son mari ? Un tyran domestique. Son existence ? Un enchaînement d’humiliations.

L’intérêt du film est de montrer que cette brutalité n’est pas un accident. Elle est systémique, encouragée, tolérée, ritualisée. Les hommes frappent parce qu’ils le peuvent, et les femmes doivent s’y soumettre parce qu’elles n’ont aucun pouvoir d’y échapper. Ici, la testostérone agit comme un narcotique collectif, un psychotrope de domination qui détermine la place de chacun.

Mais le film n’est pas qu’une chronique de la soumission. Il est aussi une évasion. Delia va peu à peu comprendre que cette hiérarchie n’est pas immuable. La solidarité féminine, l’éveil d’une conscience et la possibilité de dire non finissent par fissurer l’édifice. Il Reste Encore Demain montre une testostérone toute-puissante, mais aussi une faille : il suffit qu’une femme refuse la règle du jeu pour que l’édifice tremble.

Si Il Reste Encore Demain est une plongée dans les ravages d’une société dominée par la testostérone, The Substance en est l’une des conséquences les plus insidieuses : l’injonction à se conformer au désir masculin.

Dans l’univers du film, ce n’est pas l’agression physique qui règne, mais un contrôle invisible et total du regard. Demi Moore incarne Elisabeth Sparkle, actrice vieillissante dans une industrie où exister n’est plus possible après un certain âge. Elle n’a pas démérité, elle n’a pas failli, mais le patriarcat lui retire son statut d’icône. Trop vieille, donc invisible.

C’est là que la « substance » entre en jeu. Un produit miracle. Une possibilité offerte aux femmes de créer une version plus jeune, plus désirable, plus conforme d’elles-mêmes. Une opportunité ? Plutôt une injonction. Dès lors qu’elle existe, la société impose aux femmes de s’y soumettre. La beauté devient une dette permanente, un sacrifice biologique et identitaire. On ne vieillit plus, on se remplace.

Le film met en scène cette spirale infernale avec une radicalité glaçante. Le directeur de la chaîne qui emploie Elisabeth (Dennis Quaid, parfait en gros porc machiste) et les actionnaires (un pack de pathétiques vieux hommes blancs lubriques) imposent cette mutation. Ce n’est pas un choix, c’est une obligation : laissez mourir votre véritable identité et devenez l’objet que nous exigeons.

Fargeat ne se contente pas de critiquer ce système : elle le pousse jusqu’à l’horreur absolue. La transformation n’est pas un simple embellissement, mais une dissolution de l’être, un effacement pur et simple de soi au profit d’une fiction rentable. The Substance n’est pas une dystopie, c’est une allégorie directe du traitement des femmes dans le star-system, dans la publicité, et dans toutes les industries où l’image est un produit de consommation.

Et le final ? Dantesque. Une scène qui me hantera longtemps, comme une vision de Jérôme Bosch sous acide.

Ces deux films offrent une lecture fascinante du rôle biologique et social de la testostérone. Il Reste Encore Demain montre à quel point son emprise est structurante dans une société patriarcale, tandis que The Substance explore comment elle conditionne les normes sociales et l’intériorisation de la soumission féminine.

Alors, faut-il interdire cette drogue ? L’idée a de quoi faire sourire, mais à bien y réfléchir, elle est moins absurde qu’il n’y paraît. Après tout, nous avons bien légiféré sur des substances moins dangereuses, avec des résultats parfois encourageants.

On pourrait imaginer un plan de réduction des risques :

Encadrement strict des espaces où la testostérone est susceptible de provoquer des débordements (stades, réunions de conseil d’administration, armées).

Traitement hormonal préventif pour les individus présentant un excès manifeste de comportements violents.

Réduction progressive de la testostérone en entreprise en favorisant les environnements de travail féminisés.

Bien sûr, tout cela est purement hypothétique. Mais en mettant en parallèle ces deux films, on réalise que la vraie dystopie n’est pas celle où l’on contrôle la testostérone… mais celle où elle reste totalement incontrôlée.

Alors, on le dépose, cet amendement ?